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Une faille critique a ete decouverte dans le noyau Linux. Fonctionnant sur tous les noyaux entre les versions 2.6.17 et 2.6.24.2, elle permet en theorie a n’importe quel compte utilisateur d’obtenir les privileges root, et donc ...
Une faille de securite a ete rapportee dans Microsoft BitLocker, qui pourrait etre exploitee par des utilisateurs locaux malveillants pour divulguer des informations sensibles.
A week after Opera Software filed an antitrust suit against Microsoft that focused, in part, on Microsoft’s falure to make Internet Explorer (IE) standards-compliant, Microsoft has gone on record stating IE 8 will include support for key Web standards. Microsoft verified last week that an internal test build of IE 8 passed the Acid2 Browser Test, according to Dean Hachamovitch, General Manager of IE Development. Hachamovitch noted the milestone in a blog post to the IE Team blog on December 19. Microsoft also posted a video to its Channel 9 Web site explaining the finer points for developers interested in the Acid2 details. In a phone interview on December 19, Hachamovitch also said that Microsoft will release a public beta build of IE 8 some time in the first half of 2008. Hachamovitch denied that Microsoft’s decision to disclose this week IE 8’s planned standards compliance was related to Opera’s antitrust suit launched last week. Hachamovitch said Microsoft has been working on making IE 8 Acid2-compliant since IE 8 planning began. The beta timing and Acid2 compliance were the only two news nuggets that Hachamovitch was willing to discuss with me around IE 8. I asked him when Microsoft is planning to ship the final IE 8 release; what other features IE 8 will include; whether IE 8 will work with XP or be Vista only; whether Microsoft plans to make non-public test builds of IE 8 available to select testers outside of Microsoft in early 2008; and whether Silverlight, Microsoft’s Flash-like player that is currently a browser add-on will be bundled with the final IE 8 release. Hachamovitch declined to comment on any of these things. Mix ‘08 is slated for early March 2008. At Mix 07, Microsoft provided some general guidance on its future IE plans but has offered no new details since then. In the IE blog posting, Hachamovitch reiterated the Windows client chief Steven Sinofsky’s line that Microsoft is dialing back on transparency for the good of the customer:
S’il y a un point où attaquer une partie des createurs contemporains, c’est justement la, dans ce tour de passe-passe, cette substitution de places qu’operent implicitement ceux qui les defendent. Celui qui critique a des certitudes (donc ce n’est pas bien), celui qui est critique est du cote du doute, il interroge. En realite, dans son rapport au champ culturel, dans son ideologie, l’œuvre contemporaine est justifiee en soi. Cela signifie a la limite que, pour parodier le langage theologique, quelles que soient ses œuvres, elles sont bonnes (puisqu’elles procedent d’une singularite). La parodie n’est pas innocente. Cette ideologie est celle d’un certain puritanisme protestant, heritier de la doctrine calviniste de la predestination : ce ne sont pas les œuvres qui sauvent ou qui damnent. On est elu, ou non. On l’est sans cause, on l’est en soi. La seule difference, c’est que ce n’est plus Dieu qui elit, c’est le galeriste ou le musee. Il serait interessant de creuser cette relation, qui n’est peut-etre pas entierement metaphorique, entre le calvinisme et un certain art contemporain. On y trouverait une relation comparable au capitalisme, telle que Max Weber l’a analysee : la detestation toute theorique de l’argent n’empeche pas en pratique la recherche de la richesse, car le travail la rend honorable. Lorsque Buren declare que peu importe l’origine de l’argent (de grandes societes privees, ce que l’on pourrait considerer comme genant pour un artiste rebelle), seul compte ce que l’on en fait, il resume en quelques mots la conception calviniste de l’economie. L’argent est sale, mais la realisation est propre, elle l’est en soi, car elle est justifiee. Peu importe donc sa compromission avec l’argent. La pensee puritaine separe le pur et l’impur, et n’admet aucune contamination entre les deux. L’avant-gardisme est souvent puritain par necessite. Il doit operer un tri. L’avant-gardisme messianique de certains artistes modernes a un petit cote secte millenariste. Le critique, lui, n’a pas de certitude. Il ne se sent pas justifie. Il n’a aucun droit particulier a s’exprimer, il prend une liberte exorbitante en s’attaquant a un createur. Mais c’est justement de liberte qu’il s’agit, dans ce monde de la predestination artistique, où tout semble etre comme cela devait etre. Cette incertitude, qui est une absence de fondement stable, ne signifie pas absence de valeurs. Se passer des valeurs de verite, de beaute, se passer d’ethique serait humainement suicidaire. La disparition des valeurs laisse le champ libre aux marchands. C’est d’ailleurs exactement ce qui est en train de se passer en litterature. Ces valeurs ne sont plus, ne peuvent plus etre l’emanation d’un accord universel et eternel. Elles sont livrees a la complexite. Cela ne signifie pas qu’elles ne doivent pas demeurer l’horizon, et la question. On ne critique pas au nom d’une verite delivree par une autorite, mais dans l’horizon d’une verite qui se construit. Ce qui est difficile a admettre pour certains contemporains, c’est que le conflit est une chance pour la verite, un moyen de favoriser sa necessaire complexite. Surtout, la critique doit s’exercer sur la relation des œuvres a ces valeurs que certaines pretendent depasser. Il arrive frequemment que la pretention a se situer au-dela des « valeurs etablies » (quand celles-ci n’existent plus) ne serve qu’a dissimuler des conceptions esthetiques extremement rustiques. En ce sens, la critique d’une modernite devoyee constitue en fait une defense de la modernite : elle demasque ceux qui, ne s’en servant que comme cache-misere a leurs insuffisances, contribuent a detourner d’elle une partie du public. Or il y a des artistes contemporains, et il faut les defendre. Ce qui n’implique pas un assentiment generalise. La critique peut s’exercer sans certitudes, et sans criteres absolus. C’est, en premier lieu, sur l’ideologie, sur l’ecart entre la realite du champ culturel et la maniere dont une partie des createurs se representent leur situation, que son travail peut s’effectuer. Il demystifie. C’est a une telle demystification que se livrent, en francs-tireurs, des critiques comme Jean Clair, Jean-Philippe Domecq ou Philippe Muray, dont aucun n’est un ennemi de la modernite, bien au contraire. Cette demystification procede plus par le rire que par la fulmination. Elle vient d’esprits modernes, elle ne dispose d’aucune reserve de sacre, elle n’a que le doute a sa disposition, et, selon les formes d’esprit, la joyeuse demolition, la distance ironique, l’humour melancolique. La contradiction entre createurs pretendument rebelles d’un cote, etat bon prince et public bon enfant de l’autre est feconde en effets comiques dont le critique aurait tort de se priver. Cette contradiction constitue le noyau de l’academisme contemporain, dont on peut assez facilement reperer les postures, les cliches, les figures obligees. Si donc il existe une fonction du texte de combat, c’est de pratiquer la satire de cet academisme. Car, en depit des apparences, et du discours affiche, les certitudes se trouvent parfois, bien cachees, du cote de certaines œuvres. Elles sont ce qu’elles doivent etre dans le champ artistique. Elles repondent a une attente critique, et leurs audaces ne sont jamais que les audaces qu’il faut manifester pour se voir decerner le brevet de modernite. Depuis un demi-siecle, on assiste a une monstrueuse inflation du discours sur la litterature et l’art, inflation qui coincide avec la disparition progressive de la critique de combat. Et l’on dirait parfois que certains textes, certaines œuvres plastiques sont predigerees pour ce discours. L’horizon d’attente de Jauss prend une importance demesuree : on ecrit, on peint en vue de l’attente des journalistes specialises, on leur donne ce qu’ils demandent, on construit une œuvre en joignant le manuel de deconstruction. Ce phenomene n’est sans doute jamais absent de la demarche creatrice. Mais il prend parfois aujourd’hui des dimensions tres voyantes. Le ready made reduit l’œuvre d’art au signe qu’il y a œuvre. Il systematise (et devoile) un procede beaucoup plus ancien, qui consiste a faire une œuvre en produisant des effets d’oeuvre. Journalistes et critiques n’ont plus, une fois identifies ces effets, qu’a delivrer un certificat de litteralite, ou de plasticite. En outre, le discours peripherique de l’artiste ou de l’ecrivain sur son oeuvre est devenu tellement envahissant qu’il tend quasiment a s’y substituer. Il ne reste a la critique qu’a considerer comme vrai ce que l’artiste dit de son œuvre. Et c’est ainsi que, comme l’ecrivait Proust, "l’intention est tenue pour le fait". Le travail de la critique de combat consiste alors a tenter de montrer que l’œuvre est une pure apparence, une facade, depourvue de substance. Il s’agit de relever les effets un peu trop grossiers, les conformites trop evidentes aux effets de mode, la soumission a certaines attentes. Un bon exemple d’une position juste dans le domaine de la critique de combat me parait etre celui de Jacques Bertin. Pendant plusieurs annees, Jacques Bertin a publie de vigoureux ereintements de certains aspects de la politique culturelle et de l’art moderne. Jacques Bertin, par ailleurs, est chanteur et poete. Sa poesie, sans etre d’un avant-gardisme echevele, ne donne pas dans la facilite. Il a publie ces textes dans Politis, un journal de gauche, voire d’extreme-gauche. Et il n’a cesse de reclamer de l’education populaire et d’une veritable possibilite d’acces du peuple a la culture, sans demagogie. On est loin d’un quelconque "populisme", et plus encore de l’epouvantail nazi immanquablement brandi par certains des lors que l’on se risque a emettre des reserves sur tel artiste contemporain ou tel trait de la politique culturelle. Il faudrait longuement citer ses analyses exemplaires. Ce texte definit un programme de lutte qui est bien loin encore d’avoir mobilise les esprits. Il date de 1997. Dix ans apres, rien n’a change : Le journalisme culturel engage doit desormais aller plus loin. Il ne suffit plus de faire de la critique de gauche ni meme de promouvoir les inconnus. Ni de “defendre la culture” comme un bloc, car selon moi il faut porter le fer dans le milieu culturel lui-meme, rompre le consensus, traquer le “culturellement correct”. [...] L’engagement, c’est evidemment de dire que, non, l’art n’est pas indiscutable sous pretexte qu’il est contemporain. Que l’avant-gardisme est dorenavant un academisme ! Qu’il faut cesser de se laisser impressionner. Qu’il faut oser reprendre la parole, retrouver notre sens critique. Au-dela de cet aspect specifiquement contemporain du probleme, qui tient a l’academisation ou a la marchandisation de l’avant-garde, on oppose a l’ironiste ou au pamphletaire quelques arguments qui servent regulierement depuis quelques siecles. Le plus rebattu d’entre eux : le critique est un aigri. L’aigreur est devenue, a son tour, un cliche du discours sur la critique. Le mot resume le ressentiment, l’envie et par consequent la mechancete fielleuse que l’on prete par principe a qui s’en prend aux œuvres des autres (quelles raisons, sinon, pourrait-il bien avoir de le faire ?). D’ailleurs, s’il agit ainsi, n’est-ce pas, c’est pour se faire une place et un nom, faute d’etre capable d’y parvenir par ses œuvres. En depit de son caractere stereotype, et de son leger parfum de bassesse, on ne doit pas prendre l’idee a la legere. L’envie est sans doute le peche le plus repandu dans le monde artistique, avec l’orgueil. Il y a donc des chances raisonnables pour qu’un pamphletaire agisse par envie ou par depit. L’argument, notons-le d’emblee, est symptomatique d’une epoque qui a renonce au debat de fond, et a qui il ne reste plus que des approximations psychologisantes. Toujours l’individu. Ni du concret (le texte), ni des generalites. En realite, il est impossible de savoir si une critique procede de l’envie, faute de proceder a une analyse psychologique detaillee de son auteur. On fait donc comme si cette possibilite etait une necessite, parce qu’elle correspond a la representation stereotypee du critique. D’où les variations psychologisantes sur les humeurs : un critique est en colere (version positive) ou deverse sa bile, son aigreur (version negative). On n’ecrit des critiques que pour regler des comptes, et des comptes personnels. Une critique qui soit un exercice d’amusement n’est pas meme envisagee. Car, il faut le reconnaitre, le souci de la verite et de la justice sont sans doute des motivations moins importantes pour la critique polemique que la jouissance de la demolition, qui est aussi jouissance amoureuse : on s’approprie le corps textuel de l’autre, on entre en lui, on le plie, on le transforme. Il s’agit de fabriquer une œuvre d’art avec le materiau d’une autre. Le critique doit, l’espace de quelques pages, devenir le critique, comme l’acteur devient son personnage. Et cette jouissance est celle que le texte de combat procure a son lecteur, jouissance charnelle de qui assiste au spectacle d’une lutte de consciences au corps a corps. Des critiques aussi feroces que Bloy, Barbey, Gracq, Sartre, Jacques Laurent, Baudelaire etaient-ils pour autant des aigris ? C’est possible. Certains, pourtant, accomplissaient une brillante carriere. D’autres, certes, avaient du mal a se faire reconnaitre. Cela n’implique pas necessairement le ressentiment. Il y a des natures genereuses. Il n’y a pas de fatalite des passions humaines, et c’est ce qui navre le plus dans l’argument de l’envie : le fatalisme. "Il est necessaire qu’il en soit ainsi. Cela ne peut etre que l’aigreur". Ni liberte, ni complexite ne sont possibles. Mais a supposer meme que l’envie ou le ressentiment ait ete le moteur de la critique, on ne voit pas en quoi cela en invaliderait necessairement le contenu, et c’est tout de meme de ce contenu qu’il faudrait parler - ce que le recours a l’envie permet, utilement, d’eviter. Reste, ultime argument, etroitement lie a l’envie, celui de l’ambition et de la compromission. Si l’on evoque le travail effectue par le critique, c’est qu’il est connu. S’il est connu, c’est qu’il a voulu se faire connaitre. Il a donc ecrit son texte de combat pour cela : se faire connaitre. Cette ambition suffit a le stigmatiser. Son texte n’a pas de sens, parce qu’il n’est ecrit que par desir de celebrite. Il ne dit rien que ce desir. D’un cote donc, le spectacle nu, la celebrite vide sont pleinement justifies. De l’autre, etrangement, le desir de s’illustrer a partir d’un texte (si c’est bien de ce desir qu’il s’agit) est infamant. En fait, il faut comprendre qu’il n’est infamant que si le texte est critique. Ce qui est infamant, c’est de vouloir se faire connaitre en s’opposant. Car alors on est cense commettre l’escroquerie qui consiste a faire croire a la sincerite de la critique, a laisser supposer un contenu, on se pose comme different alors que l’on ne vise, comme les autres, que la celebrite nue et sans contenu. Ce qui est infamant, c’est de pretendre, mensongerement, ne pas desirer ce que tous les autres desirent. Or, pourquoi serait-il honteux de desirer etre connu ? La celebrite, certes, n’est pas une vertu en soi, mais elle n’est pas non plus un mal en soi. L’important est ce qui la fonde. La encore, parler du desir de celebrite, c’est eviter de parler de ce sur quoi il se fonde. Ecrit-on necessairement un livre pour etre celebre ? Sans doute cette ambition est-elle rarement absente de l’ecriture, qu’il s’agisse de fiction ou de critique, et le polemiste ne se veut-il pas necessairement different des autres dans son ambition. Mais on ecrit aussi pour toutes sortes d’autres raisons, et d’abord pour dire quelque chose que l’on tient a exprimer. A partir de quoi on pourrait considerer comme normal de vouloir etre entendu, et compris. Si l’on n’est pas entendu, le livre n’existe pas. Si l’on est entendu, d’aucuns estimeront qu’on ne l’a ecrit que pour cela. Il n’y a pas d’issue. On ne peut etre qu’un critique inconnu ou compromis. Non seulement le critique qui se fait connaitre ne peut qu’avoir voulu cela, la reconnaissance, et rien d’autre (par consequent, vouloir etre lu et compris est une tare) mais il avoue, puisqu’il est reconnu, qu’il est complice du systeme qu’il critique. Pour les adeptes de ce discours cynique, la critique n’est plus qu’un aspect parmi d’autres du bavardage, de l’agitation, du grand cirque mediatique. Et, de fait, ce risque n’est pas a negliger. Tout critique peut devenir un alibi. Reste que ce type d’argument, proche du poujadisme et du "tous pourris", est assez caracteristique d’un type de raisonnement de plus en plus en plus repandu, qui ne tient compte que du degre de notoriete, et pas du tout de ce que l’on en fait. Il date aussi d’une epoque, les annees 70, où l’on croyait naivement qu’il n’existait pas de moyen terme possible entre le refus du "systeme" et la compromission complete avec celui-ci. Cette pensee du tout ou rien est en definitive assez commode. Elle n’exige pas de trop grand frais intellectuels, elle est donc parfaitement adaptee au journalisme ordinaire. Elle permet en outre de trouver des arguments dans toutes les situations : si l’on se permet de s’elever contre des conflits d’interets un peu voyants, soit l’on est un "pere la pudeur", un moralisateur, soit l’on ne cherche qu’a trouver sa place dans le systeme des arrangements. Cette alternative caricaturale ne correspond que rarement a la realite. Idealisme et cynisme ne sont que les deux faces de la meme tromperie sur la situation reelle d’un createur ou d’un critique. Il serait absurde d’afficher un moralisme rigoriste. Un critique ou un ecrivain ne vit et ne travaille pas a l’exterieur du champ litteraire. Il lui appartient necessairement, il a des editeurs, des amis, des relations. Il en fait usage. Il doit composer avec tout cela. Toute vie sociale est faite de compromis. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne se donne pas quelques regles deontologiques minimales. Le handicap dont souffre evidemment celui qui tente de respecter ces quelques regles, c’est que cela ne se voit pas. Toutes les attitudes ne sont pas semblables. Le discours cynique, en effacant les differences, est objectivement complice de quelques individus habitues au conflit d’interets. Le critique de combat n’est ni un Huron, un chevalier blanc, un vengeur masque debarque de sa province pour fustiger la corruption parisienne, ni un aigri reglant des comptes dans son petit marigot germanopratin. Ces deux images ne sont la plupart du temps que des pret-a-penser mythologiques pour journalistes amateurs de cliches. Reste qu’il faut eviter de finir, a l’usage, par ressembler a sa propre caricature. L’une des pentes fatales de la creation (et la vraie critique en est une) est l’autocaricature, ou la complaisance. Le pamphlet n’en est pas toujours exempt. Il y a un type de pamphletaire qui aime a s’ecouter hurler, et s’il hurle dans le desert, c’est encore meilleur, il peut se persuader de son irremediable solitude, du courage qu’il lui faut pour brandir seul le flambeau de la verite. Il est un reprouve professionnel. On peut aborder ce genre de critique avec un peu de circonspection, comme on considere avec mefiance l’affectation de sincerite, l’exces de gravite, la purete sans concessions. Il opere une distinction un peu trop tranchee entre le bien et le mal, le bon et le mauvais. Les prophetes, les apocalyptiques et les imprecateurs parlent depuis un temps où l’on pouvait encore nourrir des certitudes. Ce temps, en occident, est revolu. On peut rever d’une critique de combat où la vigueur ne serait pas forcement ennemie de la nuance et de la complexite. Dans la polemique telle qu’on tente de la pratiquer ici, le critique n’est pas l’Autre absolu, mais, dans une certaine mesure, et a des degres differents selon les cas, le double du critique. Si tout homme, comme l’ecrivait Montaigne, a en lui toute l’humaine condition, un ecrivain est tous les ecrivains. On ne s’attaque pas dans le detail a une œuvre sans trouver quelque intime connivence avec elle. Ce que l’on combat comme critique, c’est ce contre quoi on a lutte, et lutte encore, chaque jour, devant sa page, comme ecrivain, sans necessairement l’emporter toujours : les tentations de la complaisance et de l’auto-exploitation, le cliche, le manque d’humour, la grandiloquence, la secheresse, le decoratif, etc. On se bat avec soi-meme, avec ce qu’on a ete, ce qu’on pourrait etre, ce qu’on est meme parfois. Toute critique est autocritique d’un ecrivain cache. Le ratage, les imperfections sont consubstantiels a la creation. Beaucoup de tres grandes œuvres montrent des imperfections parfois assez voyantes. Ce que le critique, en definitive, reproche a ceux qu’il attaque, ce ne sont pas quelques defauts, ce n’est pas meme, pour l’essentiel, d’etre de mauvais ecrivains ou de mauvais artistes, c’est de faire semblant d’etre des createurs : d’en esquiver les difficultes, de se contenter de donner des effets de litterature, et par la d’eviter d’affronter le reel. Le critique denonce, chez l’autre, non pas le contraire de ses valeurs ou de son esthetique, mais une image alteree de cette esthetique. Les objets auxquels il s’attaque sont ceux auxquels il tient, parce qu’il souffre de les voir mal defendus, caricatures, prostitues. On se figure qu’il les rejette. En realite, il n’en rejette qu’une certaine illustration, de maniere a mieux preserver un certain ideal. En somme, le mordant du critique dissimule souvent beaucoup d’idealisme, et le cache par pudeur. Sans doute faut-il se mefier de l’idealisme. Car, a la limite, un idealiste absolu rejette tout, et plus rien ne trouve grace a ses yeux. C’est encore une forme de complaisance. Il est des gens pour qui la litterature n’existe plus depuis, au choix, Chateaubriand, Proust ou Celine. C’est faux. La creation est encore possible. La critique aussi. Elles ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre.
De facon plus generale, toujours dans le numero 110 de Litterature, le poete et critique Yves Charnet n’hesite pas a parler de "malaise dans la poesie", et, peu apres, dans un dossier du Matricule des Anges sur "la poesie contemporaine en France" (n° 51, mars 2004), Thierry Guichard dresse un constat tout aussi alarmant : puisque la poesie est "abandonnee par l’ecole, sarclee dans les bibliotheques, oubliee des librairies (le syndicat national de l’edition doit regrouper poesie et theatre pour etablir le poids economique de ces deux genres, en une nomenclature des laisses pour compte)" et de la presse, "la desertion ressemble a une Berezina" (p. 15). Évoquant cette "marginalite economique et sociale", dans À quoi bon la poesie aujourd’hui ?, le poete et essayiste Jean-Claude Pinson souligne que "la poesie, a la difference d’autres arts, tombe de haut, elle qui jadis etait consideree comme l’art majeur" (12). D’où cet eclairage sur le mal poetique fin de siecle : "Si malaise de la poesie il y a, il n’est en effet pas sans rapport avec la fin d’une representation avantageuse, emphatique, de la poesie et de la figure du poete" (16). On ne peut que mettre ces propos en relation avec la situation etablie par Michel Deguy a l’entame du numero special de Litterature. D’apres le poete reconnu, a l’ere de la mondialisation, la poesie est condamnee a un devenir-mineur : "Oui, vouee maintenant aux petits medias, aux petites plaquettes, au perd-petit editorial, aux petites annonces, aux petites audiences multipliees, aux petites manifestations culturelles". Et de stigmatiser les recyclages publicitaires — l’annexion de la poesie "dans le vaste champ du slogan (I like Ike) et du calembour (voir Libe)" — et anthologiques ("Et une revue de poesie, n’est-elle pas un florilege ?"). Deux ans plus tot, dans un texte regi par l’isotopie de la mort et de nombreux procedes depreciatifs (paronomase, melange de registres, comparaisons et inventions verbales pejoratives...), Christian Prigent decrivait avec un sens du paradoxe et un humour caustique le sort reserve aux poetes et a la poesie aujourd’hui : si les professeurs du secondaire vouent aux poetes contemporains — morts de preference — "une deference de principe", ils leur preferent neanmoins "des clones clownesques" ("chansonniers melancoliques" et "bardes protestataires") ; quant a la poesie, elle est malmenee et subvertie ("on y taille des epigraphes, des exergues, des recitations, [...] on la detourne en pubs et en fetiches chromos"). Plus que C. Prigent dans À quoi bon encore des poetes ?, et pas moins que M. Deguy — qui s’inquiete de la desocialisation de la poesie, de son "existence sociale mineure" [2]Michel Deguy, "La Poesie sortie du lit", entretien paru dans Franck Smith et Christophe Fauchon dir., Zigzag Poesie. Formes et mouvements : l’effervescence, editions Autrement, 2001, p.40. —, Robert Davreu fait partie de ceux qui regrettent le recul de la poesie dans l’echelle des valeurs sociales : pour elle, commence desormais l’exil, dans un monde anomique où des chanteurs sont "promus systematiquement poetes" et des rappeurs comme des tagueurs "eleves au rang d’artistes “geniaux”" ; dans un "monde de la communication" qui la rejette du cote de "l’expression, c’est-a-dire le cri, plus ou moins articule, ou encore l’exhibition outree de l’intime, au-dessous de la ceinture" ("Pour une defense de la poesie ?", dans Daniel Guillaume, Poetiques & poesies contemporaines, Le temps qu’il fait, Cognac, 2003, p. 25 et 28). Dans ces conditions, il n’est pas etonnant que la rubrique "Revues & poesie" du volume Zigzag poesie se termine par un entretien avec Jean-Jacques Viton et Liliane Giraudon — qui confie ne plus etre "convaincue de l’utilite des revues [...] en ce debut de XXIe siecle" — dont le titre, "États de crise", est justifie par quelques lignes de presentation : "La poesie, mal-aimee des journaux de l’establishment, doit se construire son espace d’expression propre, celui des revues. Pourtant cet espace reste lui aussi bien precaire : les revues se vendent peu, disparaissent, reviennent, se transforment" (210-11). Fragile sur le plan socio-economique, le circuit des revues de poesie l’est encore, pour Michel Deguy, sur le plan culturel, "la mondialisation culturelle de la poesie" favorisant "son existence en revue(s)" (6-7). Dressant un parallele entre mondialisation, patrimonialisation des corpus poetiques, quantification des publications, capitalisation des valeurs et pacification post-avant-gardiste, dans sa "Situation" qui sert de preambule au numero de Litterature sur "la poesie aujourd’hui", il fustige un desengouement et un desengagement consubstantiels a un individualisme exacerbe. D’abord l’irenisme : "les choses de la poesie — poemes, ecrits reconnaissables, arts poetiques, “poetics” en general — ne sont plus l’enjeu de conflits severes. Plus de querelles, plus de manifestes, plus de grandes Écoles, plus de puissantes influences entrainant les voisins (la peinture, la musique, les “arts plastiques”...) dans des risques imprevus et scandaleux, feconds, experimentaux". Puis l’eclectisme qui lui est correlatif : "presque tous les “textes retenus” par tel comite pourraient paraitre chez n’importe quel autre [...]. Éclectisme tranquille. Action poetique, donc, Revue de litterature generale, ou Po&sie, L’Infini ou Fig., Nioques, pourquoi pas La Sape, La Revue des Deux Mondes ou la nrf [...]". Ainsi la position de M. Deguy peut-elle se condenser dans une question comme celle-ci : "À quoi bon encore des revues de poesie, s’il s’agit de reproduire le Meme et de servir d’instrument de conservation patrimoniale et de promotion individuelle ?" Celle que C. Prigent pose, parmi les modernes, a quelques jeunes poetes revuistes, moins radicale que la precedente : "À quoi bon encore “des revues a cinquante lecteurs” ?" (À quoi bon encore des poetes ?, p. 49), s’en rapproche sensiblement : "À quoi bon encore des revues de poesie, si elles demeurent repliees sur elles-memes, etrangeres a toute preoccupation theorique, critique, genealogique et politique, pour ne constituer que de “petits musees” au service d’un “narcissisme d’autant plus violent que denie, voile d’auto-ironie” ?" [3]Christian Prigent, Salut les modernes, P.O.L, 2000, p. 31 pour les citations. Par ailleurs, j’ai resume ici une position analysee amplement dans le chapitre 5 : "Une bataille entre Moderne(s) et Neo-Modernes" de mon ouvrage, Le Champ litteraire francais au XXe siecle. Élements pour une sociologie de la litterature, Armand Colin, coll. "U", 2002, p. 125-152.